Trisomie 21 et troubles du spectre Autistique

 



Trisomie 21 et troubles du spectre Autistique

          L’autisme et un trouble du développement décrit pour la première fois par Léo Kanner en 1943 aux Etats-Unis. Il fait référence aux trouble du Spectre de l’autisme (TSA) de la dernière version du DSM (DSM-5, 2013/2025) qui se caractérisent par des difficultés dans des domaines de développement spécifiques. Les personnes qui en sont atteints présentent des difficultés dans les domaines de la communication et de l’interaction sociale du fait d’un manque d’intégration des codes sociaux implicites qui les régissent, et d’une altération et/ou des particularités dans les compétences langagières. Elles ont ainsi du mal à établir et maintenir un échange social et présentent un manque de réciprocité émotionnelle dans la relation avec autrui. L’expression et la compréhension des émotions sont également entravées. Le langage oral n’est pas toujours fonctionnel, les personnes peuvent parler mais sans communiquer avec autrui. Certaines ne parlent pas et ne cherchent pas forcément à compenser par une communication non-verbale. La compréhension est également perturbée et a tendance à être littérale.

Elles présentent également un répertoire de comportements d’intérêts et d’activités restreints, répétitifs et stéréotypés. Ces personnes montrent un attachement excessif à certaines routines et, dans un besoin de répétition, se montrent résistante face au changement. Elles présentent des stéréotypies motrices (battre des bras, se balancer) et des activités répétitives telles que des jeux d’alignement. Aussi, des particularités sensorielles favorisent la recherche ou l’évitement de certaines stimulations. Ces caractéristiques apparaissent de façon et d’intensité variables d’un individu à l’autre. Ainsi, l’autisme s’exprime à travers des caractéristiques comportementales particulières mais de façon différentes chez chaque individu. Les troubles apparaissent au cours de tout premier développement du jeune enfant, et ils limitent le fonctionnement de la personne tout au long de sa vie. En général, le comportement des personnes avec autisme réduit leur contact avec l’environnement et leurs possibilités d’apprendre à travers les relations aux autres. Il s’agit d’un handicap notable qui concerne aussi bien le domaine cognitif que social. Les TSA sont souvent associés à une déficience intellectuelle et à un retard ou une absence de langage. De même, ils sont présents chez certaines personnes ayant des particularités génétiques, telles que la trisomie 21.

Le double diagnostic de trisomie 21 et de TSA

Si une première description d’un enfant porteur de ce trouble diagnostic de trisomie 21 et de TSA date de 1976, les recherches scientifiques se multiplient seulement depuis une vingtaine d’années (Howlin et al., 1995). Elles ont pour but de repérer les comportements spécifiques à l’autisme chez des enfants avec trisomie 21 afin de pouvoir mieux identifier ce trouble et de le prendre en charge de manière plus adaptée. L’association de la trisomie 21 et des troubles du spectre de l’autisme a longtemps été considérée comme rare, mais les récentes études rapportent qu’elle concernait 5 à 40% de personnes avec trisomie 21. Cette double affection est repérée de manière très variable selon les pays et il est donc difficile d’avoir un chiffre précis. Il semble pourtant que l’autisme soit considérablement plus élevé chez les personnes avec trisomie 21 que dans la population générale. Aujourd’hui, si les causes de l’autisme ne sont pas clairement déterminées, il semble que des altérations précoces du système nerveux central seraient à l’origine des troubles que présentent les enfants atteints de cette pathologie du développement. De récent travaux en imagerie cérébrale révèlent des anomalies cérébrales fonctionnelles et anatomiques dans les régions impliquées dans la communication, la perception, la reconnaissance, l’interaction et compréhension d’autrui chez les personnes avec autisme. Ces résultats reflètent bien les difficultés des avec TSA que l’on peut observer au niveau comportemental. En général, les chercheurs s’accordent de plus en plus à penser que les syndromes génétiques, tels que la trisomie 21, favoriseraient la révélation d’un trouble autistique. La trisomie 21 serait même un facteur de risque de l’autisme. Effectivement, les mêmes gènes peuvent être impliqués dans ces deux pathologies ; il peut donc y avoir une cause génétique partagée entre l’autisme et la trisomie 21. On parle de double diagnostic chez une personne qui présente un caryotype de trisomie 21 (ou les variantes de trisomie 21, qu’elle soit mosaïque ou par translocation) et deux ou plusieurs des éléments suivants inhérents à l’autisme : des perturbations significatives de l’interaction sociale, des routines répétitives et un besoin d’immuabilité excessifs, des réponses sensorielles inhabituelle ou incohérentes, la présence des meilleures capacités dans un domaine de fonctionnement général, malgré une déficience intellectuelle. Les comportement clefs permettant d’alerter sur la présence d’un TSA chez un enfant T21 sont l’isolement, la résistance au changement, un manque de contact oculaire persistant et des mouvements répétitifs et stéréotypés envahissants. Il faudra par la suite explorer plus précisément les comportements spécifiques aux enfants ayant un double diagnostic de trisomie 21 et d’autisme. Il est important de préciser que ces enfants ont des difficultés dans le champ des relations sociales et de la communication non verbale qui ne peuvent pas être expliquées par leur niveau de développement ou par leur passé médical.  Ces troubles viennent s’ajouter à l’affection génétique dont ils sont porteurs. Les recherches ont permis de repérer des tendances comportementales spécifiques aux enfants ayant cette double affection. Dans cette population certains comportements apparaissent « rarement », « occasionnellement » ou « fréquemment » :

·       Comportements rares : répond à l’appel de son prénom, regarde les autres, félicite les autres, essaie d’envoyer des messages de communication de base (verbale et non verbal), essaie d’imiter ou de copier les comportements des autres, partage ses émotions à travers des expressions faciales destinées à l’autre, répond à l’initiation d’une interaction d’un autre enfant, essaie de poursuivre l’interaction social juste par plaisir, semble à l’aise avec les autres, montre une répertoire important d’expressions émotionnelles ;

·       Comportements occasionnels : exprime des émotions en inadéquation avec la situation, semble ne pas réagir à la douleur ;

·       Comportements fréquents : montre plus d’intérêt pour les objets que pour les gens, s’appuie sur ses propres expériences pour résoudre un problème, développe des fixations ou des routines particulières et à des difficultés à accepter des changements inattendus. Les études ajoutent que les enfants avec double diagnostic de trisomie 21 et autisme ont des niveaux cognitifs variés ; mais dans l’ensemble, ils présentent davantage une déficience intellectuelle sévère à profonde que les enfants atteints de trisomie 21 sans autisme. Cependant, les déficits de ces enfants dans les domaines de l’interactions sociale réciproque, de la communication et des comportements adaptatifs, caractéristiques de l’autisme, ne sont pas simplement dus à une déficience intellectuelle égale, tous les enfants avec trisomie 21 ne présenteront pas les difficultés dans ces secteurs du développement particulièrement affectés par les TSA. Le diagnostic additionnel de trouble autistique chez les enfants avec trisomie 21 est donc approprié.

Des études ont comparé 3 groupes d’enfants :

  • 1.     Enfant ayant un double diagnostic de trisomie 21 et de trouble su spectre de l’autisme (TSA) ;
  • 2.     Porteurs de la trisomie 21 ;
  • 3.     Trouble du spectre autistique. (Starr @al., 2005, MOSS @al., 2012)

    Les enfants au double diagnostic et ceux avec TSA, présentent les même caractéristiques autistiques et un comportement similaire. Comparés aux personnes ayant une trisomie 21 sans trouble associé, ces deux groupes présentent plus de comportements stéréotypés et d’automutilation, une hypoactivité, un langage répétitif et moins de vocalisations. Cependant, les enfants au double diagnostic semblent également tirer des forces de la trisomie : ils se montrent moins en retrait et moins impulsif que les enfants avec TSA, et présentent également plus de réceptivité sociale, ainsi qu’une gamme d’expression faciale plus variée. Le diagnostic additionnel d’autisme est délicat chez les personnes atteintes de la trisomie 21, aberration génétique associé à une déficience intellectuelle dans laquelle les difficultés sociales, communicatives et comportementales sont également présentes. Il s’agit alors de pouvoir s’assurer que les symptômes observés relèvent effectivement de l’autisme. Les classifications internationales admettent la difficulté de diagnostiquer un Trouble de Spectre de l’autisme chez des sujets ayant des troubles associés ou une déficience intellectuelle inhérents à des affections médicales. Elles précisent que le double diagnostic doit être réservé aux patients qui présentent des déficits qualitatifs dans l’acquisition des compétences sociales et de la communication, ainsi que des modes de comportements spécifiques du trouble autistique. Il doit être posé à partir des caractéristiques comportementales et indépendamment de la présence ou de l’absence d’une quelconque affection médicale associée qui doit être notée séparément.

   Aussi, grâce aux outils diagnostiques qui existent, les enfants qui présentent à la fois une trisomie 21 et un autisme sont clairement distinguables de ceux ayant uniquement une trisomie 21 et ce, quelle que soit l’intensité de leur déficience intellectuelle. Pour diagnostiquer un TSA chez une personne porteuse de la trisomie 21, il est nécessaire de faire appel à un professionnel qualifié ayant une large connaissance du développement et du fonctionnement typique de l’enfant qui lui permet de mieux appréhender le développement et le fonctionnement pathologique et d’utiliser des instruments d’évaluations facilitant ce diagnostic d’autisme. Il doit donc être porté par un professionnel averti et il semble pertinent de porter une attention particulière aux individus atteints de trisomie 21 donc le score approcherait la note seuil d’un outil diagnostique afin de vérifier la présence d’un réel tableau autistique ou des traits isolés.

   Différencier l’autisme de la déficience intellectuelle est difficile car l’expression des troubles autistiques est variable d’un individu à l’autre et qu’un chevauchement des comportements de ceux deux groupes d’enfants peut être observé. Cependant, on sait que les personnes avec une déficience intellectuelle importante ont des profils développementaux, comportementaux et cognitif distincts de ceux des personnes avec autisme. En effet, les enfants avec déficience intellectuelle sans autisme présentent des retards dans une majorité de domaine de développement en adéquation avec leur âge de développement alors que les enfants avec autisme, dans les trois quarts ont également une déficience intellectuelle, présentent des déficits dans des domaines développementaux particuliers.

  Comme tous les enfants présentant un TSA, il est nécessaire que ceux qui présentent aussi une trisomie 21 soient repérés le plus tôt possible afin qu’ils bénéficient d’une intervention précoce et spécifique aux TSA, en particulier concernant les apprentissages et la socialisation. Ainsi, il est nécessaire que les professionnels proposent un suivi à long-terme de l’enfant et de sa famille avec une prise en charge cohérente et des objectifs qui répondent à ses difficultés particulières.

Source :

Une recherche doctorale sur le développement cognitif et socio-émotionnel d’enfants atteints conjointement de trisomie 21 et de trouble du spectre de l’autisme réalisée par Anne-Emmanuelle KRIEGER (2012-2016)

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